Récemment, j'ai remarqué un changement géopolitique intéressant, alors que tous les regards étaient concentrés sur la confrontation entre les États-Unis et l'Iran, la Turquie a soudainement agi, et de manière totalement inattendue.



Erdogan a publiquement condamné les actions militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, affirmant que cela menaçait la paix du peuple iranien. Ces propos, prononcés par un leader d’un pays membre de l’OTAN, ont vraiment surpris. En principe, les alliés devraient avoir une certaine entente de base, mais la Turquie a délibérément brisé cette logique.

Pourquoi ? Après réflexion, la considération de la Turquie est en fait très réaliste. La position géographique décide de tout — l’Iran et la Turquie ne sont séparés que par une frontière d’un peu plus de 500 kilomètres, et si le Moyen-Orient s’embrasait, la première à en subir les conséquences serait forcément la Turquie. La vague de réfugiés affluerait directement vers la Turquie, la charge économique s’alourdirait instantanément, et un pays déjà confronté à une forte inflation et à des pressions sur l’emploi ne pourrait tout simplement pas supporter cela.

Erdogan n’est pas un idiot, il sait très bien que les États-Unis n’ont jamais vraiment pensé à leurs alliés au Moyen-Orient. Pensez à la question des forces kurdes, qui est une épine dans le pied de la Turquie, mais que les États-Unis, pour leurs propres intérêts, fournissent secrètement en armes et en soutien. Et puis il y a le cas du S-400 et du F-35 : la Turquie voulait simplement renforcer ses capacités de défense, mais les États-Unis ont directement imposé des sanctions et exclu le pays du programme. Voilà ce qu’on appelle un « allié » ?

Plus important encore, il y a les intérêts économiques. Le commerce bilatéral entre la Turquie et l’Iran dépasse chaque année les 10 milliards de dollars, avec des produits agricoles, de l’énergie, des matériaux de construction, tous interdépendants. L’Iran doit passer par la Turquie pour contourner les sanctions américaines via des routes terrestres, et la Turquie a besoin de l’énergie et du marché iranien. Si les États-Unis imposent des sanctions à l’Iran, l’économie turque en pâtira lourdement, et les entreprises et agriculteurs locaux en subiront aussi les conséquences.

Mais la stratégie d’Erdogan ne se limite pas à cela. La Turquie contrôle le détroit du Bosphore, par où transite environ 3 % du pétrole maritime mondial. Si les États-Unis et l’Iran entraient en guerre, l’Iran pourrait bloquer le détroit d’Hormuz, et alors le détroit du Bosphore deviendrait le centre névralgique du transport énergétique mondial. Quelle est la valeur de cette carte ? Suffisamment pour donner à la Turquie plus de poids face à l’Europe et aux États-Unis.

Quel est le but plus profond ? Erdogan veut faire de la Turquie une véritable puissance au Moyen-Orient, et non plus rester le petit frère des États-Unis. Actuellement, le Qatar et l’Irak tentent de jouer les médiateurs entre Washington et Téhéran, alors comment la Turquie pourrait-elle rester à l’écart ? En condamnant Israël et en soutenant l’Iran, il cherche en réalité à s’impliquer activement dans cette confrontation, en jouant le rôle de médiateur. Tant qu’il pourra favoriser des négociations entre les États-Unis et l’Iran, la position de la Turquie dans la région sera considérablement renforcée.

Bien sûr, Erdogan prépare aussi le pire. La Turquie a déjà renforcé ses défenses antimissiles et déployé des forces spéciales près de la frontière iranienne, renforçant la surveillance des drones et des roquettes. Il a aussi discrètement coordonné sa position avec la Russie, malgré des divergences sur la Syrie, leur objectif commun étant d’empêcher l’escalade de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Avec la Russie comme alliée, la Turquie a un levier plus solide face aux États-Unis.

En fin de compte, c’est la sagesse de la survie d’un petit pays dans la grande compétition des grandes puissances. La Turquie doit prioriser ses intérêts nationaux, plutôt que de suivre aveuglément les États-Unis. La leçon de la guerre du Golfe est encore fraîche : en suivant les sanctions américaines contre l’Irak, la Turquie a vu son économie s’effondrer, l’inflation exploser, et Erdogan n’oublie pas cette erreur.

Il n’y a pas d’alliés éternels en politique internationale, seulement des intérêts éternels. La riposte de la Turquie n’est en réalité qu’un message aux États-Unis : ne plus considérer ses alliés comme des outils, ne plus se reposer sur la domination hégémonique, sinon tous les alliés finiront par s’éloigner. Ce choix de la Turquie reflète l’effort d’un grand pays régional pour rechercher une autonomie et un équilibre.
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