La divergence dans la performance du marché est devenue impossible à ignorer. Alors que les actions américaines sont restées largement stables jusqu’à présent en 2026, les marchés internationaux hors des États-Unis ont progressé d’environ 10 %. Selon Kevin Gordon, stratège chez Charles Schwab, le S&P 500 n’a pas sous-performé les références mondiales à un tel niveau depuis trois décennies. Cet écart croissant soulève deux préoccupations majeures : la valorisation élevée des actions américaines et l’hésitation des investisseurs face à l’escalade des politiques commerciales de l’administration Trump.
L’escalade de la politique tarifaire : du IEEPA à la Section 122
Lorsque le président Trump a imposé pour la première fois des tarifs l’année dernière en utilisant la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationale (IEEPA), les mesures variaient de 10 % à 50 % selon le pays d’origine. Il a également utilisé la Section 232 du Trade Expansion Act de 1962 pour imposer des droits sur l’acier, l’aluminium, les automobiles, les pièces automobiles et le bois. Cependant, la Cour suprême a invalidé la semaine dernière les tarifs issus de l’IEEPA, estimant que le président avait dépassé ses pouvoirs constitutionnels pour les mettre en œuvre.
Plutôt que d’abandonner cette stratégie, Trump a rapidement changé de cap. Il a annoncé un tarif universel de 10 % sur toutes les importations — porté à 15 % en 24 heures — en utilisant la Section 122 du Trade Act de 1974. Selon le Budget Lab de Yale, ce changement a réduit le taux effectif moyen sur les importations américaines d’environ 16 % à 13,7 %. Bien que les droits de la Section 122 expirent après 150 jours sauf intervention du Congrès, ils donnent à Trump le temps de poursuivre des cadres tarifaires plus permanents via la Section 301 du Trade Act de 1974, un processus nécessitant des enquêtes économiques approfondies.
La dégradation économique visible dans les données récentes
Plusieurs institutions de recherche prestigieuses — dont le Congressional Budget Office, la Federal Reserve Bank de New York, l’Institut de Kiel et le National Bureau of Economic Research — ont toutes conclu indépendamment que les entreprises et les consommateurs américains supportent environ 90 % des coûts tarifaires. Cela est crucial car l’argent dépensé en tarifs est une puissance d’achat détournée d’autres activités économiques.
L’impact économique est déjà visible dans les statistiques actuelles. En 2025, la création d’emplois aux États-Unis n’a atteint que 181 000 postes, le plus bas hors période pandémique depuis 2009. La croissance économique a ralenti à 2,2 % par an, son rythme le plus faible (hors années de pandémie) en une décennie. Par ailleurs, l’inflation PCE — la mesure préférée de la Réserve fédérale — a atteint 2,9 % en décembre 2025, son niveau le plus élevé depuis mars 2024. Ces indicateurs suggèrent collectivement que la politique tarifaire freine la dynamique économique.
Le ratio CAPE atteint la zone dangereuse vue pour la dernière fois en 2000
Le tableau de valorisation offre peut-être le signal le plus alarmant. En janvier 2026, le ratio cours/bénéfice cycliquement ajusté (CAPE) du S&P 500 s’établissait à 40,2 — le plus élevé depuis septembre 2000, lors de l’éclatement de la bulle internet. Depuis son introduction en 1957, le S&P 500 n’a dépassé un CAPE de 40 que 21 autres fois, ce qui signifie que des valorisations extrêmes se produisent moins de 3 % du temps dans l’histoire moderne des marchés.
Robert Shiller, l’économiste qui a développé le ratio CAPE comme outil pour repérer les surévaluations, a documenté que ces multiples élevés précèdent généralement des performances faibles des actions. Les données historiques révèlent un schéma clair :
Perspectives à six mois : rendement moyen de 0 %
Perspectives à un an : -3 %
Perspectives à deux ans : -19 %
Perspectives à trois ans : -30 %
Si le S&P 500 suit ce modèle historique, l’indice pourrait reculer de 3 % d’ici février 2027, tomber en territoire négatif avec une baisse de 19 % d’ici début 2028, et potentiellement subir une correction de 30 % d’ici février 2029. Ces projections comportent une mise en garde essentielle : les schémas passés ne garantissent pas les résultats futurs. Le ratio CAPE, étant basé sur des données rétrospectives, ne peut pas prendre en compte une éventuelle expansion des marges bénéficiaires due à l’adoption de l’intelligence artificielle. Si la croissance des bénéfices s’accélère suffisamment grâce aux gains de productivité liés à l’IA, les valorisations pourraient rester soutenues même si le ratio CAPE se normalise.
Positionnement stratégique face à la volatilité du marché
Les investisseurs prudents doivent aborder l’environnement actuel avec la prudence appropriée plutôt qu’avec complaisance. La combinaison de valorisations élevées et d’incertitudes politiques liées à l’expansion tarifaire crée un environnement à risque légitime. Une approche sensée consiste à privilégier les actions à des valorisations raisonnables, avec des trajectoires de bénéfices montrant un potentiel solide sur un horizon de cinq à dix ans. Parallèlement, il faut éviter d’accumuler des positions dans des actions dont la valorisation laisse peu de marge d’erreur ou dont le modèle économique est soumis à des pressions tarifaires.
Les signaux d’alerte du marché — notamment la divergence entre la performance des actions américaines et internationales, combinée à des valorisations CAPE extrêmes — méritent une attention sérieuse de la part des gestionnaires de portefeuille et des investisseurs individuels. Bien que la prévision de mouvements précis du marché reste intrinsèquement incertaine, reconnaître ces risques et adopter une posture défensive constitue une gestion prudente du portefeuille dans ce contexte complexe.
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Signaux du marché Risque majeur : Comment la stratégie tarifaire de Trump pourrait remodeler les valorisations boursières en 2026
La divergence dans la performance du marché est devenue impossible à ignorer. Alors que les actions américaines sont restées largement stables jusqu’à présent en 2026, les marchés internationaux hors des États-Unis ont progressé d’environ 10 %. Selon Kevin Gordon, stratège chez Charles Schwab, le S&P 500 n’a pas sous-performé les références mondiales à un tel niveau depuis trois décennies. Cet écart croissant soulève deux préoccupations majeures : la valorisation élevée des actions américaines et l’hésitation des investisseurs face à l’escalade des politiques commerciales de l’administration Trump.
L’escalade de la politique tarifaire : du IEEPA à la Section 122
Lorsque le président Trump a imposé pour la première fois des tarifs l’année dernière en utilisant la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationale (IEEPA), les mesures variaient de 10 % à 50 % selon le pays d’origine. Il a également utilisé la Section 232 du Trade Expansion Act de 1962 pour imposer des droits sur l’acier, l’aluminium, les automobiles, les pièces automobiles et le bois. Cependant, la Cour suprême a invalidé la semaine dernière les tarifs issus de l’IEEPA, estimant que le président avait dépassé ses pouvoirs constitutionnels pour les mettre en œuvre.
Plutôt que d’abandonner cette stratégie, Trump a rapidement changé de cap. Il a annoncé un tarif universel de 10 % sur toutes les importations — porté à 15 % en 24 heures — en utilisant la Section 122 du Trade Act de 1974. Selon le Budget Lab de Yale, ce changement a réduit le taux effectif moyen sur les importations américaines d’environ 16 % à 13,7 %. Bien que les droits de la Section 122 expirent après 150 jours sauf intervention du Congrès, ils donnent à Trump le temps de poursuivre des cadres tarifaires plus permanents via la Section 301 du Trade Act de 1974, un processus nécessitant des enquêtes économiques approfondies.
La dégradation économique visible dans les données récentes
Plusieurs institutions de recherche prestigieuses — dont le Congressional Budget Office, la Federal Reserve Bank de New York, l’Institut de Kiel et le National Bureau of Economic Research — ont toutes conclu indépendamment que les entreprises et les consommateurs américains supportent environ 90 % des coûts tarifaires. Cela est crucial car l’argent dépensé en tarifs est une puissance d’achat détournée d’autres activités économiques.
L’impact économique est déjà visible dans les statistiques actuelles. En 2025, la création d’emplois aux États-Unis n’a atteint que 181 000 postes, le plus bas hors période pandémique depuis 2009. La croissance économique a ralenti à 2,2 % par an, son rythme le plus faible (hors années de pandémie) en une décennie. Par ailleurs, l’inflation PCE — la mesure préférée de la Réserve fédérale — a atteint 2,9 % en décembre 2025, son niveau le plus élevé depuis mars 2024. Ces indicateurs suggèrent collectivement que la politique tarifaire freine la dynamique économique.
Le ratio CAPE atteint la zone dangereuse vue pour la dernière fois en 2000
Le tableau de valorisation offre peut-être le signal le plus alarmant. En janvier 2026, le ratio cours/bénéfice cycliquement ajusté (CAPE) du S&P 500 s’établissait à 40,2 — le plus élevé depuis septembre 2000, lors de l’éclatement de la bulle internet. Depuis son introduction en 1957, le S&P 500 n’a dépassé un CAPE de 40 que 21 autres fois, ce qui signifie que des valorisations extrêmes se produisent moins de 3 % du temps dans l’histoire moderne des marchés.
Robert Shiller, l’économiste qui a développé le ratio CAPE comme outil pour repérer les surévaluations, a documenté que ces multiples élevés précèdent généralement des performances faibles des actions. Les données historiques révèlent un schéma clair :
Si le S&P 500 suit ce modèle historique, l’indice pourrait reculer de 3 % d’ici février 2027, tomber en territoire négatif avec une baisse de 19 % d’ici début 2028, et potentiellement subir une correction de 30 % d’ici février 2029. Ces projections comportent une mise en garde essentielle : les schémas passés ne garantissent pas les résultats futurs. Le ratio CAPE, étant basé sur des données rétrospectives, ne peut pas prendre en compte une éventuelle expansion des marges bénéficiaires due à l’adoption de l’intelligence artificielle. Si la croissance des bénéfices s’accélère suffisamment grâce aux gains de productivité liés à l’IA, les valorisations pourraient rester soutenues même si le ratio CAPE se normalise.
Positionnement stratégique face à la volatilité du marché
Les investisseurs prudents doivent aborder l’environnement actuel avec la prudence appropriée plutôt qu’avec complaisance. La combinaison de valorisations élevées et d’incertitudes politiques liées à l’expansion tarifaire crée un environnement à risque légitime. Une approche sensée consiste à privilégier les actions à des valorisations raisonnables, avec des trajectoires de bénéfices montrant un potentiel solide sur un horizon de cinq à dix ans. Parallèlement, il faut éviter d’accumuler des positions dans des actions dont la valorisation laisse peu de marge d’erreur ou dont le modèle économique est soumis à des pressions tarifaires.
Les signaux d’alerte du marché — notamment la divergence entre la performance des actions américaines et internationales, combinée à des valorisations CAPE extrêmes — méritent une attention sérieuse de la part des gestionnaires de portefeuille et des investisseurs individuels. Bien que la prévision de mouvements précis du marché reste intrinsèquement incertaine, reconnaître ces risques et adopter une posture défensive constitue une gestion prudente du portefeuille dans ce contexte complexe.