LONDRES, 9 février (Reuters Breakingviews) - Les actifs russes gelés sont une arme stratégique pour l’Union européenne. Mais le bloc n’a jusqu’à présent pas su l’utiliser avec audace, car la majorité des 210 milliards d’euros (250 milliards de dollars) de fonds souverains sont bloqués chez Euroclear, le dépositaire basé à Bruxelles. Déplacer ces fonds ouvrirait de nombreuses options stratégiques.
La Belgique était si terrifiée par l’intimidation russe qu’elle a torpillé en décembre un projet d’utiliser ces actifs immobilisés pour garantir un « prêt de réparation » à l’Ukraine. L’idée était de lier l’utilisation des fonds de Moscou à son obligation, en vertu du droit international, de payer des réparations pour son invasion illégale il y a quatre ans.
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La solution évidente à cette impasse serait de transférer l’ensemble du compte russe à un nouveau dépositaire contrôlé par l’UE. Cela permettrait de sortir la Belgique du champ de tir. Les comptes russes gelés ailleurs dans le bloc pourraient également être transférés au nouveau dépositaire. L’UE serait alors libre d’utiliser ces actifs pour aider l’Ukraine à se défendre — bien entendu, conformément au droit international.
Les dirigeants de l’UE, qui se réuniront plus tard cette semaine lors d’un sommet informel, pourraient penser qu’ils peuvent oublier ces actifs russes. Le bloc les a gelés indéfiniment en décembre. De plus, lorsqu’il n’a pas pu s’accorder sur l’utilisation des fonds de Moscou, il a décidé d’emprunter lui-même 90 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine. Le Parlement européen devrait bientôt approuver cette opération. Ainsi, Kiev a évité une crise de liquidités immédiate.
Mais l’UE aurait déjà dû comprendre qu’elle doit prendre des mesures plus audacieuses pour protéger ses intérêts vitaux. La Russie continue d’avancer sur le terrain. Si elle remporte la guerre, la sécurité de l’Europe sera menacée.
Par ailleurs, aucun leader européen ne peut faire confiance à Donald Trump après sa menace le mois dernier d’envahir le Groenland, qui appartient au Danemark, un membre de l’UE. Le président américain, qui a une étrange affection pour son homologue russe Vladimir Poutine, pourrait faire tomber la pièce à tout moment en faveur de la Russie. Les États-Unis ont également proposé d’utiliser une partie de ces actifs dans le cadre d’un plan de paix où ils conserveraient la moitié des bénéfices.
Bien que le nouveau prêt de 90 milliards d’euros de l’UE comporte de bonnes composantes, il est peu probable qu’il change la donne. Étant donné qu’il ne couvre que deux tiers, qu’il ouvre de nouveaux besoins financiers pour deux ans, il est peu probable qu’il dissuade Poutine de poursuivre sa stratégie d’usure. Il se peut qu’il ne modifie pas la perception de Trump selon laquelle l’Europe est peu résiliente. Il ne renforcera probablement pas non plus le moral ukrainien.
En revanche, déplacer les 210 milliards d’euros d’actifs gelés vers un nouveau dépositaire contrôlé par l’UE enverrait un signal fort que le bloc est capable d’agir. Cela ouvrirait un éventail d’options. L’UE pourrait relancer le prêt de réparation — une idée que j’ai contribué à élaborer. D’autres options incluent l’utilisation d’une partie de ces fonds pour rembourser le nouveau prêt de 90 milliards d’euros ou reconstruire l’Ukraine après un accord de paix.
Mais l’UE n’aurait pas besoin d’utiliser ces fonds immédiatement. La simple connaissance qu’elle peut agir rapidement pourrait changer la dynamique de la guerre. Par exemple, Poutine saurait qu’il ne peut pas simplement attendre que l’Ukraine manque de liquidités. Avec les finances du gouvernement russe enfin sous pression en raison de la baisse des prix mondiaux du pétrole et des sanctions occidentales plus strictes, il pourrait finir par accepter un accord de paix acceptable.
UNE DOMMAGE POUR LA BELGIQUE
Il sera nécessaire de convaincre la Belgique d’accepter de transférer le compte hors d’Euroclear. Le gouvernement devrait être ravi. Après tout, le Premier ministre Bart De Wever a déclaré qu’il s’agirait d’un « jour heureux » si quelqu’un d’autre acceptait de reprendre l’intégralité du compte, avec ses passifs comme ses actifs. C’est précisément ce qui se passerait.
La Belgique pourrait encore craindre que la Russie ne poursuive en justice en vertu du traité d’investissement entre les deux pays. Mais elle pourrait arguer qu’elle n’avait pas d’autre choix. Pour rassurer davantage la Belgique, l’UE pourrait convenir de l’indemniser ainsi qu’Euroclear contre le risque éloigné que Moscou gagne un procès contre l’un ou l’autre.
L’UE elle-même prendrait peu de risques juridiques. Après tout, la Russie resterait propriétaire de son compte. Il n’y aurait pas confiscation des actifs. Tout ce qui se passerait, c’est que le compte serait transféré à un nouveau dépositaire. C’est une réponse équitable et proportionnée face à l’intimidation de Moscou envers la Belgique.
Les principaux dirigeants de l’UE devraient également être satisfaits d’un tel arrangement. Par exemple, Friedrich Merz était favorable à ce que les actifs russes soient utilisés pour financer l’Ukraine. Lorsque le chancelier allemand n’a pas pu faire valoir son point lors du sommet de décembre, il a été assuré que la Commission européenne, l’exécutif de l’UE, continuerait à travailler sur cette idée. Transférer le compte hors de Belgique serait la première étape pour tenir cette promesse.
Par ailleurs, Emmanuel Macron devrait se réjouir que les États membres n’auraient pas besoin de fournir leurs propres garanties à la Belgique. L’une des raisons pour lesquelles le président français s’était opposé au prêt de réparation en décembre était qu’il ne voulait pas avoir à demander l’approbation du parlement français, où son parti ne détient pas la majorité, selon un officiel de l’UE.
Le dispositif de la Commission nécessitait des garanties nationales parce que l’UE aurait emprunté de l’argent auprès d’Euroclear — qui voulait s’assurer d’être remboursé dans les 24 heures si nécessaire. Mais si le compte est transféré à un nouveau dépositaire, Euroclear n’aura pas besoin d’une telle garantie de liquidité.
Bien sûr, si le nouveau dépositaire utilise les fonds russes de manière audacieuse, il faudra engager de nouvelles discussions sur la façon de procéder conformément au droit de l’UE et au droit international — et sur la manière de protéger le bloc contre les risques juridiques. Il existe déjà quelques idées, mais ce sera une autre histoire.
Pour l’instant, la priorité est de transférer le compte hors de Belgique. À une époque où l’UE doit faire face à des intimidateurs à l’est et à l’ouest, cela montrera qu’elle passe aux actes.
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L'UE peut tirer profit du déblocage des fonds gelés de la Russie
LONDRES, 9 février (Reuters Breakingviews) - Les actifs russes gelés sont une arme stratégique pour l’Union européenne. Mais le bloc n’a jusqu’à présent pas su l’utiliser avec audace, car la majorité des 210 milliards d’euros (250 milliards de dollars) de fonds souverains sont bloqués chez Euroclear, le dépositaire basé à Bruxelles. Déplacer ces fonds ouvrirait de nombreuses options stratégiques.
La Belgique était si terrifiée par l’intimidation russe qu’elle a torpillé en décembre un projet d’utiliser ces actifs immobilisés pour garantir un « prêt de réparation » à l’Ukraine. L’idée était de lier l’utilisation des fonds de Moscou à son obligation, en vertu du droit international, de payer des réparations pour son invasion illégale il y a quatre ans.
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La solution évidente à cette impasse serait de transférer l’ensemble du compte russe à un nouveau dépositaire contrôlé par l’UE. Cela permettrait de sortir la Belgique du champ de tir. Les comptes russes gelés ailleurs dans le bloc pourraient également être transférés au nouveau dépositaire. L’UE serait alors libre d’utiliser ces actifs pour aider l’Ukraine à se défendre — bien entendu, conformément au droit international.
Les dirigeants de l’UE, qui se réuniront plus tard cette semaine lors d’un sommet informel, pourraient penser qu’ils peuvent oublier ces actifs russes. Le bloc les a gelés indéfiniment en décembre. De plus, lorsqu’il n’a pas pu s’accorder sur l’utilisation des fonds de Moscou, il a décidé d’emprunter lui-même 90 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine. Le Parlement européen devrait bientôt approuver cette opération. Ainsi, Kiev a évité une crise de liquidités immédiate.
Mais l’UE aurait déjà dû comprendre qu’elle doit prendre des mesures plus audacieuses pour protéger ses intérêts vitaux. La Russie continue d’avancer sur le terrain. Si elle remporte la guerre, la sécurité de l’Europe sera menacée.
Par ailleurs, aucun leader européen ne peut faire confiance à Donald Trump après sa menace le mois dernier d’envahir le Groenland, qui appartient au Danemark, un membre de l’UE. Le président américain, qui a une étrange affection pour son homologue russe Vladimir Poutine, pourrait faire tomber la pièce à tout moment en faveur de la Russie. Les États-Unis ont également proposé d’utiliser une partie de ces actifs dans le cadre d’un plan de paix où ils conserveraient la moitié des bénéfices.
Bien que le nouveau prêt de 90 milliards d’euros de l’UE comporte de bonnes composantes, il est peu probable qu’il change la donne. Étant donné qu’il ne couvre que deux tiers, qu’il ouvre de nouveaux besoins financiers pour deux ans, il est peu probable qu’il dissuade Poutine de poursuivre sa stratégie d’usure. Il se peut qu’il ne modifie pas la perception de Trump selon laquelle l’Europe est peu résiliente. Il ne renforcera probablement pas non plus le moral ukrainien.
En revanche, déplacer les 210 milliards d’euros d’actifs gelés vers un nouveau dépositaire contrôlé par l’UE enverrait un signal fort que le bloc est capable d’agir. Cela ouvrirait un éventail d’options. L’UE pourrait relancer le prêt de réparation — une idée que j’ai contribué à élaborer. D’autres options incluent l’utilisation d’une partie de ces fonds pour rembourser le nouveau prêt de 90 milliards d’euros ou reconstruire l’Ukraine après un accord de paix.
Mais l’UE n’aurait pas besoin d’utiliser ces fonds immédiatement. La simple connaissance qu’elle peut agir rapidement pourrait changer la dynamique de la guerre. Par exemple, Poutine saurait qu’il ne peut pas simplement attendre que l’Ukraine manque de liquidités. Avec les finances du gouvernement russe enfin sous pression en raison de la baisse des prix mondiaux du pétrole et des sanctions occidentales plus strictes, il pourrait finir par accepter un accord de paix acceptable.
UNE DOMMAGE POUR LA BELGIQUE
Il sera nécessaire de convaincre la Belgique d’accepter de transférer le compte hors d’Euroclear. Le gouvernement devrait être ravi. Après tout, le Premier ministre Bart De Wever a déclaré qu’il s’agirait d’un « jour heureux » si quelqu’un d’autre acceptait de reprendre l’intégralité du compte, avec ses passifs comme ses actifs. C’est précisément ce qui se passerait.
La Belgique pourrait encore craindre que la Russie ne poursuive en justice en vertu du traité d’investissement entre les deux pays. Mais elle pourrait arguer qu’elle n’avait pas d’autre choix. Pour rassurer davantage la Belgique, l’UE pourrait convenir de l’indemniser ainsi qu’Euroclear contre le risque éloigné que Moscou gagne un procès contre l’un ou l’autre.
L’UE elle-même prendrait peu de risques juridiques. Après tout, la Russie resterait propriétaire de son compte. Il n’y aurait pas confiscation des actifs. Tout ce qui se passerait, c’est que le compte serait transféré à un nouveau dépositaire. C’est une réponse équitable et proportionnée face à l’intimidation de Moscou envers la Belgique.
Les principaux dirigeants de l’UE devraient également être satisfaits d’un tel arrangement. Par exemple, Friedrich Merz était favorable à ce que les actifs russes soient utilisés pour financer l’Ukraine. Lorsque le chancelier allemand n’a pas pu faire valoir son point lors du sommet de décembre, il a été assuré que la Commission européenne, l’exécutif de l’UE, continuerait à travailler sur cette idée. Transférer le compte hors de Belgique serait la première étape pour tenir cette promesse.
Par ailleurs, Emmanuel Macron devrait se réjouir que les États membres n’auraient pas besoin de fournir leurs propres garanties à la Belgique. L’une des raisons pour lesquelles le président français s’était opposé au prêt de réparation en décembre était qu’il ne voulait pas avoir à demander l’approbation du parlement français, où son parti ne détient pas la majorité, selon un officiel de l’UE.
Le dispositif de la Commission nécessitait des garanties nationales parce que l’UE aurait emprunté de l’argent auprès d’Euroclear — qui voulait s’assurer d’être remboursé dans les 24 heures si nécessaire. Mais si le compte est transféré à un nouveau dépositaire, Euroclear n’aura pas besoin d’une telle garantie de liquidité.
Bien sûr, si le nouveau dépositaire utilise les fonds russes de manière audacieuse, il faudra engager de nouvelles discussions sur la façon de procéder conformément au droit de l’UE et au droit international — et sur la manière de protéger le bloc contre les risques juridiques. Il existe déjà quelques idées, mais ce sera une autre histoire.
Pour l’instant, la priorité est de transférer le compte hors de Belgique. À une époque où l’UE doit faire face à des intimidateurs à l’est et à l’ouest, cela montrera qu’elle passe aux actes.